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Ce blog est celui de Musica, festival international de musiques d'aujourd'hui de Strasbourg
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6 oct 2012

CABARET CONTEMPORAIN
Bonus : l'interview d'Etienne Jaumet

Bien sûr, on se souvient de la belle soirée offerte par le Cabaret Contemporain, d'une musique à la limite de l'improvisation, d'images de danseur, d'un public inspiré. Juste avant que vous déchiriez la couverture de survie déployée par les ambianceurs, je me suis glissée dans les loges pour parler musique actuelle vs contemporaine. Vs ? Peut-être pas. Etienne Jaumet, membre de Zombie Zombie me paraissait l'interviewé parfait pour montrer une autre face de la musique contemporaine. Gagné.

Comment s'est passée la rencontre avec le Cabaret Contemporain ?
Etienne Jaumet : Ils savaient que j'étais sensible à la musique contemporaine et sont venus me voir en me demandant si je voulais confronter ma musique électronique à la leur. Sur le moment, j'ai eu peur, j'ai voulu qu'on fasse des essais. Je sais lire les partitions, mais dans une moindre mesure par rapport à eux qui sont des musiciens aguerris sortant du conservatoire et jouent depuis longtemps ensemble. Ils ont une habitude de la musique contemporaine que je n'ai pas. J'angoissais un peu de savoir comment je pouvais m'intégrer avec mes instruments, d'autant que ces instruments n'ont pas été utilisés par John Cage. Ce sont des synthétiseurs et des boîtes à rythmes analogiques.

Qu'est-ce qui vous a attiré : John Cage ou la musique contemporaine ?
E.J. : John Cage d'abord. J'ai toujours aimé sa façon d'aborder la musique, une façon très libre. Il laissait beaucoup de place à l'interprète. Souvent, il ne donne pas de tempo, pas de notes, il donne des indications, des ambiances. On a décidé de le prendre au mot et de s’approprier ses morceaux sans suivre la partition, on se laisse vagabonder à ce qu'il nous évoque. Il a beaucoup exploré les textures sonores et c'est ce qui nous importait. John Cage était un artiste complet, il montait beaucoup d'installations, de performances. Il avait une façon de représenter la musique en s'en détachant, une approche instinctive. Ce sont des choses qui me touchent.

Du coup, la musique contemporaine sort complètement de son cadre avec le Cabaret Contemporain...
E.J. : Les morceaux n'ont pas beaucoup de limites, on a des idées de structures mais on sort du contexte sérieux dans lequel s'est enfermée la musique contemporaine avec un public vieillissant, des infrastructures de plus en plus institutionnalisées. John Cage, lui, ne cherchait pas à guettoiser une musique inventive, au contraire, il voulait l'élargir et la rendre accessible. C'est ce qu'on recherche avec le Cabaret Contemporain.

On vous connaît à titre personnel avec Herman Düne et le projet Zombie Zombie, c'est une approche que vous utilisez aussi ?
E.J. : Tout à fait. D'ailleurs notre nouvel album sort le 22 octobre et on aimerait beaucoup venir à Strasbourg. Je suis un mélomane, j'aime beaucoup la musique, j'en écoute beaucoup, je collectionne les disques vinyles. Je ne me considère pas comme un musicien techniquement en place. Je n'ai pas envie de m'enfermer dans un style, j'ai envie d'essayer des choses, je n'ai pas de carrière fixée. Le Cabaret Contemporain c'est le genre de projet qui m'apporte beaucoup, parce qu'il y a ce mélange de styles et de conceptions. J'apporte au Cabaret Contemporain ma patte plus rock, peut-être plus énergique. De toute façon, l'attitude même de John Cage était rock'n'roll, il s'en foutait de ce qu'on pensait de lui : ce qui compte c'est l'instant et la communication entre les gens. Il n'y a pas qu'une seule façon de faire les choses, en musique classique on préfère aussi que l'interprète y mette ses émotions, ce qui nous touche ce n'est pas sa performance technique mais ce qu'il arrive à transmettre.

Illuminations de Zombie Zombie issue du nouvel album Rituels d'un Nouveau Monde, à écouter [ici](http://soundcloud.com/versatile-records/zombie-zombie- illuminations).

Vous jouez vous aussi au ressenti ? E.J. : C'est le même état d'esprit. Les musiciens du Cabaret Contemporain en ont marre des partitions. Peut-être qu'il faut passer par une phase d'irrespect ou sortir du cadre de ce qui a été écrit pour que les gens y trouvent leur compte de façon plus simple et plus directe. Et puis ça nous aide à mieux comprendre et à envisager autrement l’œuvre de John Cage. Peut- être que ça donnera envie aux gens de creuser, il y a des vidéos sur Internet où on le voit faire des choses loufoques. Il y a vraiment quelque chose de ludique dans sa démarche. Ce n'est pas parce qu'une musique est sérieuse qu'elle est bonne !

CécileBecker

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