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Ce blog est celui de Musica, festival international de musiques d'aujourd'hui de Strasbourg
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24 sept 2013

LES NUITS
La colo de Musica

Le traditionnel voyage de Musica à La Filature à Mulhouse est devenu une étape obligée pour tout habitué qui se respecte et un moment à ne pas rater pour qui veut découvrir le festival. Cette année, nous sommes allés assister à la représentation Les Nuits, chorégraphié par Angelin Preljocaj. À cette occasion, j'étais accompagnée par un ami qui n'avait jamais vu de spectacle de danse et encore moins assisté à une représentation Musica...

Serait-ce le dernier jour d'été à Strasbourg ? Une belle journée pour partir en colo... Nous voilà battant le pavé de la place de l'Étoile, Philippe (l'ami en question qui n'y connaît rien de rien en musique contemporaine, en spectacle de danse et en festival Musica) et moi-même, direction le point de ralliement Musica pour récupérer nos places.

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Dans le bus, nous nous retrouvons sur la banquette arrière à écouter – sans le vouloir – la discussion de nos voisines, elles ont apparemment assisté au spectacle La Nuit Hallucinée et semblent ravies, bien que surprises par l'ambiance étrange amenée par la musique. Un de nos hôtes, Thomas, qui est aussi graphiste au sein du Studio 923a qui met en page le M ! nous distribue justement le deuxième numéro du M !

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Au sommaire : Philippe Manoury, Pierre Henry, Mario Caroli et l'OPS, un focus sur le hörspiel et des mots croisés, visiblement pas tout à fait adaptés pour nos voyageurs. Entre discussions effrénées, lectures et playlist Fun Radio qui a ravi les hôtes à l'avant du bus, le temps passe vite. Quelques détours dans Mulhouse et nous voilà à La Filature, déjà bien remplie. Philippe, mon accompagnant, designer et ébéniste dans la vraie vie, se passionne plus pour les sièges de La Filature designés par Le Corbusier et pour le programme de la salle très à son goût plutôt que pour la représentation qui va se donner. J'essaye de l'intéresser comme je peux, avec ce que j'ai : « Alors Angelin Preljocaj, tu vois, c'est un chorégraphe assez connu, ses danseurs sont très doués. La musique de ce spectacle a été créée par Natacha Atlas, tu sais, elle avait chanté *Au nom de la rose mais aussi Samy Bishai et 79 D. Avec Les Nuits, il donne sa propre lecture des Mille et une nuits. »* Ça n'a pas l'air de fonctionner, mais place au spectacle qui parlera de lui-même.

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Le rideau se lève sur une scène qui semble se jouer dans un hammam, quelques petits sons viennent poser l'atmosphère. Les danseuses évoluent lentement. Dès les premiers gestes, l'on comprend que le spectacle joue sur la sensualité. Quelques minutes plus tard, d'autres personnages arrivent enturbannés. Violents, ils arrachent les danseuses qui se prélassent à leur rêverie et se mettent à danser sur une musique électronique. La suite ? Les danses collectives et en duo se suivent, elles traduisent corporellement le désir, parfois cru, érotique, parfois plus discret, plus doux le tout sur des musiques électro-pop arabisantes. L'on comprend aussi que le chorégraphe travaille sur la représentation de la femme : tableau marquant, celui où l'on voit les douze danseuses alignées dansant comme dans un cabaret sur une reprise de This a man's world et lançant des doigts d'honneur au monde viril. Les danseurs sont parfaits. Leur technique est imparable et mêle gestes hip-hop, contemporain, jazz, classique avec une facilité déconcertante. C'est très beau.

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Lorsque le rideau se baisse, le public semble ravi. Les applaudissements s'enchaînent. Philippe me glisse : « Mais on applaudit toujours aussi longtemps au festival Musica ? » Il semblerait que oui. La foule s'avance vers la sortie. L'on entend : « Ca m'a donné envie d'aller au hammam », « C'était superbe, les danseurs sont incroyables », d'autres sont déçus : « Succession de clichés, je ne sais pas quoi en penser ». Mais pas le temps de s'attarder, direction le bus pour le retour. J'interviewe Philippe, alors t'en as pensé quoi ? « Pour une première rencontre avec ce milieu artistique contemporain, j'ai vraiment apprécié, un terme me vient à l'esprit : émoustifiant. » Comprendre, émoustillant. Effet donc garanti. Un de nos co-voyageurs parle sur le même registre : « C'était d'une intensité telle que ça stimulait ma perception, une jouissance totale. » Et les femmes ne sont pas en reste : « D'habitude, les danseurs sont plus fins, là j'étais impressionnée par leurs muscles ». Si Angelin Preljocaj a souhaité travaillé sur la sensualité des corps, c'est en tout cas réussi !

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Après quelques débats, c'est l'heure de l'encas de Musica, ou la récré si vous préférez. Jus de pomme, malicette et madeleine sans oublier les traditionnels embouteillages. De retour à Strasbourg, on se dit avec Philippe qu'on serait bien resté encore un peu en colo culturelle.

Cécile Becker

Crédits photo : © Camille Roux (sauf les Jus de pomme © Cécile Becker)

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