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Ce blog est celui de Musica, festival international de musiques d'aujourd'hui de Strasbourg
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4 oct 2013

Pascal Contet transforme l'accordéon

Mercredi 3 octobre, je suis allée assister à un récital d'accordéon, une première dans ma vie de spectatrice. Autant vous le dire tout de suite (et jouer la carte de l’honnêteté), j'y suis allée à reculons. Définitivement associé dans mon esprit aux bals populaires et à la musique kitsch, l'accordéon peut, finalement, être joué de 1000 manières différentes, et pas seulement représenter le triangle d'or du Français type : Baguette, moustache et accordéon. Une belle surprise et un excellent musicien : Pascal Contet.

Problème. Panique. Je n'ai plus de batterie sur mon téléphone. Je n'aperçois pas Camille, la photographe du festival et commence à me demander comment je vais pouvoir immortaliser ce moment sans mon téléphone adoré (finalement, elle était présente ! Ouf !). Je m'avance vers Patrice Fessel, technicien de Musica, ce soir aux manettes, et lui demande, les yeux presque sortis de leurs orbites, le souflle court (j'exagère) si je peux à tout hasard brancher mon téléphone quelques instants. Impossible : trop risqué pour le concert. Zut ! Installé à côté de lui, Philippe Hurel (compositeur dont Pascal Contet interprétera une oeuvre un peu plus tard), que je fais visiblement beaucoup rire : « Une blogueuse sans téléphone ! Ça ne se fait pas voyons, je vais le dire à votre chef », l'air malicieux. Derrière lui, surprise : Yann Robin et Francesco Filidei. Parfait ! Je vais enfin pouvoir le faire réagir sur sa playlist fournie quelques jours plus tôt :

Moi : « Francesco, qu'est-ce que c'est que cette playlist ? » Yann Robin : « Quelle playlist ? » Francesco : « Cécile m'a demandé une playlist pour le journal de Musica. » Yann Robin : « Ah, ils font un journal maintenant ? Il ressemble à quoi ? » Moi : « Oui, en plus du blog, on a maintenant le M !, il est tout jaune et nous avons prévu d'en sortir 5, le dernier sera distribué samedi. J'y raconte des spectacles vus, je discute avec des compositeurs ou des gens qui font le festival » Yann Robin : « Ah super » Moi : « Francesco, n'essayez pas de changer de sujet, cette playlist ? Humour ? » Francesco : « Franchement, j'ai fait n'importe quoi. J'avais envie de faire n'importe quoi et de rigoler un peu. Danser sur du Ferneyhough. (Rires). Impossible ! Je sais de source sûre que même l'équipe de Musica a fait le test. Moi : « Et Lamette, quel morceau ! » Francesco à Yann Robin : « J'adore ce morceau. La chanteuse demande une lame pour pouvoir s'ouvrir les veines, je trouvais ça super de le mettre dans : Une chanson pour émouvoir. »

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Quelques rires plus tard, je referme la parenthèse Filidei et le concert commence. Pascal Contet arrive sur scène et interprète d'abord Something Out of Apocalypse de Pierre Jodlowski. Pour vous laisser imaginer les sons que produisent l'accordéon, c'est simple : figurez vous l'apocalypse : la désolation, les souvenirs heureux, la peur, la tristesse, la colère, transposez ces différents sentiments en sons et vous y êtes presque. Le tout saupoudré de la voix de Kurtz du film Apocalypse Now de Coppola et de sons électroniques sourds. L'oeuvre va dans tous les sens, les sons sont comme incontrôlables. 18 minutes d'oeuvre pour me rendre compte que l'on peut utiliser l'accordéon pour autre chose que de la Oumpapa et dépoussiérer du même coup cet instrument.

9 minutes de vidéo de Robert Cahen plus tard : L'entraperçu, et des morceaux de vidéos qui se succèdent pour un effet des plus surréalistes, l'on écoute Sonate en si mineur K87 de Domenico Scarlatti. Une oeuvre très nostalgique, plus classique.

6 minutes plus tard. C'est au tour de l'oeuvre de Yann Robin Draft I, création mondiale et commande de Musica d'être jouée. Il exploite les souffles de l'accordéon et les bruits des parties de l'instrument qui s'entrechoquent, il explore l'instrument sous toutes ses coutures. L'on voit Pascal Contet frotter les touches, parfois mêmes les taper. Comme si l'accordéon, respirait, s'arrêtait, se faisait violence.

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7 minutes plus tard, c'est au tour de Plein-jeu, pièce faisant partie d'un tryptique, de Philippe Hurel de passer sous l'accordéon de Pascal Contet. C'est une oeuvre qui m'intéresse particulièrement car elle a été travaillée à l'IRCAM (je vous prépare d'ailleurs un reportage réalisé entre leurs murs) : des éléments électroniques font corps avec ce que joue l'accordéoniste. Pour faire simple : les sons qu'il joue sont retraités de manière électronique et en différé : amplifiés, transformés, coupés. Il y a du calme, des instants plus violents, des sons lourds qui viennent nous entourer et nous secouer. Placée juste à côté de la régie son, je peux voir le logiciel agir, c'est fascinant. Philippe Hurel tient lui même la table de mixage pour s'assurer que les sons électroniques sortent suffisamment fort, il m'avouera plus tard : « Je voulais que les sons viennent un peu bousculer le public, sans l'agresser, mais cela fait partie de la pièce. Heureusement, je ne me suis pas fait engueuler par les spectateurs. »

Comme quoi, il suffit d'une heure de spectacle pour transformer l'image que l'on peut avoir d'un instrument !

Cécile Becker

Crédits photos : © Camille Roux

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