À propos

Ce blog est celui de Musica, festival international de musiques d'aujourd'hui de Strasbourg
Abonnement flux RSS Musica en photos

3 oct 2014

REVIEW
Ensemble Intercontemporain

Jeudi dernier, l'Ensemble intercontemporain interprétait à l'Auditorium de France 3 Alsace, des pièces de Dieter Ammann, Ondřej Adámek et de Matthias Pintscher, directeur musical de l'Ensemble, chef d'orchestre mais aussi compositeur. Un concert qui n'a manqué ni d'images, ni d'audace.

La mi-festival est arrivée et le marathon des concerts (avec les émotions qui vont avec) continue. Après le beau concert de Vincent Dubois en l'église Saint-Pierre-Le-Jeune, l'on se retrouve pour celui de l'Ensemble intercontemporain dirigé par Matthias Pintscher. À 20h30, la salle est remplie. Les musiciens s'installent pour la première pièce, celle de Dieter Ammann : Le réseau des reprises, création mondiale, construite autour des répétitions de sonorités qui évoluent à chaque reprise (cqfd), de sorte que l'auditeur ne les remarque pas. C'est ainsi que l'on s'attache aux subtilités pour essayer de retrouver ces répétitions, à tel point que je me prends à envisager la pièce comme un jeu de pistes : à tenter de reconnaître les répétitions. Et c'est aussi à cet instant que je comprends le titre de l'œuvre, car, à la seconde où l'on reconnaît un son déjà entendu, le voilà partant dans une nouvelle direction, donnant alors naissance à un autre son qui sera lui-même repris à un moment. Visuellement, il suffit de se figurer un réseau.

Le plateau change pour accueillir Nôise d'Ondřej Adámek, en trois parties. Un morceau imaginé lorsque le compositeur était en résidence à la Villa Kujoyama, au Japon. Amateur de théâtre Nô et de Bunraku (comme il me le disait ici), il s'est laissé inspiré par les voix des acteurs, autant que par les sons des instruments. On retrouve forcément des sonorités japonisantes, mais aussi une certaine théâtralité : voilà que les sons bondissent, que les cuivres se mettent à parler, que l'on sent arriver peur et catastrophes. Les musiciens chantent et parlent eux aussi pour se faire l'écho de ce comédien que l'on pourrait presque voir. Je crois que c'est l'une des premières fois où les images provenant d'une œuvre sont aussi claires. Et je crois ne pas être la seule dans le public à avoir ressenti cela : Nôise vivante et trépidante a convaincu. Certains membres du public crient. Ondřej Adámek (ici en bleu) est ravi.

Entrez la légende de l'image

Quand vient le temps de l'entracte, j'entends : "Qu'est-ce que c'était bien ces deux pièces là ! Ça m'a plu" et de l'autre côté : "C'est une musiqueuuh : particulière, mais c'est vraiment intéressant."

Et pendant ce temps, Marie et Céline de l'équipe Musica prennent la pause.

Entrez la légende de l'image

Retour en salle. Au tour du chef d'orchestre Matthias Pintscher de présenter bereshit qui renvoie au mythe biblique de la création. Soit dit en passant, il est assez rare que les chefs d'orchestre soient également compositeurs, ce qui est néanmoins le cas de Pierre Boulez et Peter Eötvös qui ont été, comme Matthias Pintscher, directeur musical de l'Ensemble intercontemporain. bereshit à la différence des deux autres œuvres précédemment jouées est moins vectrice d'images, et peut-être plus difficile d'accès : toute en dentelles, elle regorge de sons discrets (à tel point que je n'ose plus bouger) qui se suivent pour ensuite exploser en grand fracas. Comme des particules qui s'assembleraient en forme, écrit d'ailleurs le compositeur, très intéressé par "l'émergence des sons".

Un fracas suivi par un autre fracas : celui des applaudissements qui viennent signer la fin d'une soirée faite de nouvelles découvertes et de bonnes surprises : il se pourrait bien que mes oreilles commencent à se former à la musique contemporaine... A suivre.

comments powered by Disqus