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Ce blog est celui de Musica, festival international de musiques d'aujourd'hui de Strasbourg
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5 oct 2014

RENCONTRE
Thomas Goepfer
"On essaye d'adapter la technologie à l'homme"

Thomas Goepfer est réalisateur en informatique musicale (RIM) à l’Ircam, dans le cadre du concert La musique en temps réel, mais aussi du spectacle Te craindre en ton absence d’Hèctor Parra, il a travaillé avec les compositeurs sur les parties électroniques des pièces. Il nous explique son métier.

D’abord, quel a été exactement votre travail sur le spectacle Te craindre en ton absence ?

Chaque travail avec les compositeurs est à chaque fois différent : certains sont à l’aise avec l’outil informatique, d’autres beaucoup moins. Hèctor, lui, est très à l’aise et puis, comme on a déjà travaillé ensemble, on se connaît bien. Pour Te craindre en ton absence, c’est un travail particulier puisqu’il y a à la fois les instruments, des bandes acoustiques et de l’électronique en temps réel [modification électronique du son des instruments en direct], dont je me suis occupé et m’occupe pendant le spectacle. J’ai préparé le programme informatique et pendant la performance, je m’attache au mixage électronique et aussi des fichiers sons qu’Hèctor a préparé.

En quoi consiste votre métier ?

Je travaille avec des compositeurs à l’Ircam et je les aide à réaliser la partie informatique de leurs pièces. À l’Ircam, on fait beaucoup de pièces de musique mixte : de la musique contemporaine avec des instruments et en même temps une partie électronique, je les aide à réaliser cette partie là. Je suis une sorte d’interface technologique. Je les aide sur la partie recherche et on fait toute la création ensemble de la partie électronique.

Est-ce que ce métier nécessite des connaissances précises en terme de musique contemporaine ?

Moi, j’étais flûtiste donc j’ai un cursus de musique classique. Après j’ai des collègues qui n’ont pas forcément fait ce cursus là mais plutôt en recherche. On a des profils assez variés, mais il y a un intérêt pour la musique contemporaine qui est fort pour tout le monde.

Il me vient une question : j’ai lu qu’en terme de musiques pop, on ne pouvait plus rien inventer car l’apparition des genres est très liée la découverte ou redécouverte d’instruments. Du coup, je me demande si l’on pourrait révolutionner les musiques pop grâce à l’apport de technologies de l’Ircam ?

Je pense que la nouveauté ne vient pas forcément de la technologie. La technologie permet d’apporter une certaine nouveauté, de la facilité de création. Mais c’est une question qu’on a avec les compositeurs : est-ce que forcément le nouveau traitement, le nouvel algorithme, va permettre de créer quelque chose de vraiment intéressant ? Pour moi, la nouveauté vient de comment on utilise ce qui existe déjà.

Mais vous qui utilisez beaucoup l’ordinateur, pensez-vous que l’on prenne cet outil assez au sérieux ?

C’est vrai qu’il y a un retour aux sources, on voit beaucoup de synthétiseurs analogiques, mais je pense que c’est pris au sérieux. L’ordinateur c’est un peu une bête noir, il n’y a que la personne qui est derrière qui sait ce qu’il se passe. C’est presque abstrait, alors qu’un instrument est très visuel, très physique, il y a des mouvements. L’ordinateur est plus limité, peut-être que cela vient d’une incompréhension ? Mais l’intérêt c’est qu’on a un champ de possibles très ouvert, on peut créer un instrument, le modifier en permanence.

Peut-on dire que tu es un geek ?

Oui certainement, mais je crois qu’on l’est tous maintenant. La technologie est partout dans nos vies de toute façon. La différence c’est qu’à l’Ircam, on essaye d’adapter la technologie à l’homme et non l’inverse.

N’est-ce pas frustrant d’être dans l’ombre d’une création ?

C’est un positionnement qui n’est pas forcément simple mais on s’adapte ! Dans le même temps, c’est une position qui a considérablement évolué depuis sa création à l’Ircam. Ce métier essaye de faire en sorte que les chercheurs et les compositeurs collaborent ensemble : il a fallu qu’il y ait des personnes pour faire la médiation. Le métier en lui-même a part la suite pris plus d’ampleur, du fait de l’évolution des systèmes automatisés et la reconnaissance n’en est que plus grande.

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