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Ce blog est celui de Musica, festival international de musiques d'aujourd'hui de Strasbourg
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8 oct 2014

REVIEW
Mais qui est Loulou ?

Débutée dimanche dernier : Loulou, la transversale du festival Musica 2014 levait le voile sur ce personnage croisé dans la littérature, au cinéma comme au théâtre ou à l’opéra. Loulou est-elle si désespérée qu’elle attire indubitablement son entourage dans sa descente aux enfers ? Est-elle trop influençable ? Louise Brooks est-elle Loulou ? Deux femmes, fictives et réelles fascinantes, aux multiples facettes découvertes dans les pièces de Frank Wedekind, le film de Georg Wilhelm Pabst, le documentaire consacrée à l’actrice et avec le trio londonien : The Tiger Lillies.

Je n’ai pas lu La Boîte de Pandore et encore moins L’esprit de la terre, deux pièces de Frank Wedekind plus tard réunies sous le titre Lulu. Je n’avais pas vu Loulou (Die Büchse der Pandora) de Georg Wilhelm Pabst, dont j’avais cependant entendu parler comme d’un film culte. Il y a des choses à côté desquelles on passe, c’est comme ça. Mais le plaisir de découvrir ce personnage n’en est que plus agréable, d’autant qu’il a été exploré en profondeur au cœur de la programmation du festival Musica.

Tout a commencé avec la diffusion de Loulou à l’UGC Strasbourg, film muet qui était pour l’occasion accompagné de la musique de l’ensemble Kontraste sur la partition de Peer Raben composée en 1997, qui suit les variations du film et ses ambiances. Tout comme Loulou hésite entre une vie rangée et l’exaltation constante, la partition oscille entre harmonies et déséquilibres voulus. Mieux. Parfois, elle vient elle-même contrecarrer les images et ne fait que renforcer le sentiment étrange face à cette femme dont on a peine à suivre les errements.

Sans aucun background, j’ai pris le film comme il venait : avec plaisir, ravissement et étonnement devant ce personnage qui suit ses envies, devant cette actrice qui l’incarne avec fougue. Ce n’est que plus tard, me renseignant sur l’histoire de Loulou et de Louise Brooks (une contraction qui renforce le sentiment que ces deux femmes sont indissociables), que j’ai compris ce qui me semblait déjà fonder la force de film. La Loulou de Pabst – en proie à la censure comme l’a été la Loulou de Wedekind, tant et si bien qu’on se perd pour retrouver les traces originelles – est Louise Brooks. Elles viennent toutes les deux secouer quiconque les approche : Loulou remue ce monde bourgeois empreint d’hypocrisie, elle bouleverse ses amants, elle cristallise certaines peurs ou haines. Louise Brooks, elle, ne laisse pas indifférent tout ceux qu’elle a côtoyés au point que Fritz Kortner incarnant le Dr Schön la détestait profondément, ou que Pabst lui-même lui interdisait de sortir le soir… L’actrice a d’ailleurs mis un certain temps avant de bénéficier des faveurs de la critique. La frontière entre ces deux personnalités est si mince qu’elle en devient troublante.

Le film de Pabst est un bijou, intemporel qui survit à l’évolution de nos sociétés, tout y est évoqué de manière plus ou moins subtile : la violence, le machisme, le proxénétisme, la folie, l’amour, l’homosexualité avec une puissance en sourdine qui vient exploser au visage du spectateur.

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Entrez la légende de l'image Des squelettes pour faire les tests lumière à la place des Tiger Lillies !!

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Loulou est un personnage aux histoires si différentes et si éclaboussées par la censure que lorsque Tiger Lillies en parle, on se retrouve une nouvelle fois perdus par ce personnage. D’autres hommes traversent son chemin, de nouvelles destinations, d’autres zones d’ombres, son enfance y est dévoilée, fournie en détails sordides… Il faut tout de même connaître un tant soit peu l’histoire de Loulou pour suivre Martyn Jacques, tête pensante des Tiger Lillies, dans ses monologues et chansons infusées dans la langue de Shakespeare. Mais la mise en scène intelligente, appuyée par des superpositions de vidéo, et surtout, surtout, les gestes de la danseuse Laura Caldow viennent éclairer les éventuels doutes. Sa gestuelle est impeccable : dans une succession de courbettes, elle incarne le personnage de Loulou : ses côtés enfantins, charnels, doux et naïfs. Loin de la scène, j’arrive à imaginer ce regard si caractéristique de Loulou-ise Brooks.

Un « théâtre monstrueux », des chansons de cabaret, et cette femme qui reste et restera.

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Photos : © Guillaume Chauvin (sauf dernière)

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