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Ce blog est celui de Musica, festival international de musiques d'aujourd'hui de Strasbourg
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26 sept 2015

INTERVIEW + PLAYLIST
Wilhem Latchoumia

Wilhem Latchoumia © Anthony Arquier

Pianiste hors pair, Wilhem Latchoumia est aussi remarquable par son jeu que par sa curiosité. Aussi à l’aise sur du Wagner que sur du Cage, c’est également l’un des rares musiciens à privilégier la musique contemporaine. Après une question-réponse pour creuser sa relation avec le milieu, petite playlist nous révélant sa passion pour le fado.

Comment avez-vous découvert la musique contemporaine ?

J’écrivais quand j’étais petit. En commençant le piano, je composais. Après, j’ai eu un professeur : Rose-Marie Cabestany qui avait fait de la musique contemporaine, quelqu’un qui était très passionné. Elle nous donnait accès, à nous ses élèves, à sa partothèque et à sa discothèque, j’ai donc découvert plein de choses. J’écoutais un peu tout.

Qu’est-ce qui vous intéressait dans ces musiques ?

Peut-être le fait d’aller chercher des nouvelles sonorités, des choses un peu inouïes. Le fait que ça ne ressemble pas à une musique dite classique : on peut jouer dans le piano, y mêler de l’électronique. L’inventivité des compositeurs à essayer de trouver des choses nouvelles, c’est ça qui m’intéressait beaucoup.

Comment définiriez-vous la musique contemporaine ? Difficile de dire que quelque chose reste contemporain quand il a été composé il y a 20 ans

Oui, c’est un peu vague, mais je dirais que ce serait la musique du temps où l’on vit. Généralement, les compositeurs vivent dans leur temps. Donc forcément, il y a un rapport avec ce qu’ils vivent au quotidien. À côté de ça, ils ont des idées novatrices, ils essayent d’explorer les sons, d’aller plus loin encore. Le compositeur est un personnage ultra-curieux.

Pourquoi êtes-vous devenu pianiste ?

Je le suis devenu au fur et à mesure. À la base, je faisais ça comme activité parascolaire et au moment de choisir une orientation professionnelle à la fin du collège, l’architecture m’intéressait pas mal. J’ai donc fait un bac spécialisé et je me suis rendu compte que ça ne m’intéressait pas plus que ça. Du coup, j’ai décidé de devenir musicien d’abord, puis pianiste plus tard. Comme je composais un peu, mais de manière complètement autodidacte, à un moment il s’est avéré qu’il fallait travailler plus le piano. J’ai fini par arrêter la composition aussi.

Si aujourd’hui vous remettiez à l'écriture, ça ressemblerait à quoi ?

Bonne question que je ne me suis jamais posé. Je n’ai pas trop d’idées. Ça pourrait revenir mais l’envie n’est pas là. Ça prend beaucoup de temps, comme je suis beaucoup sur des créations, je prends du temps pour composer ces programmes. Il faudrait peut-être que j’aie plus de temps, le temps de trouver ce que j’ai envie de dire. Pour l’instant, j’arrive à dire ce que j’ai envie de dire dans le rôle de l’interprète.

Quelle est la chose que vous vous sentez incapable de jouer aujourd’hui ?

L’idée c’est de savoir si on a quelque chose à dire sur une pièce. Ce qui est important pour moi, c’est de ressentir la pièce au point que ça devienne viscéral. C’est essentiel quand on aborde une œuvre d’avoir quelque chose à dire, sinon ça ne sert à rien de la jouer. Ca m’arrive d’entendre des interprétations pertinentes de certaines pièces où je me dis : « C’est ça ! », donc je n’ai pas du tout envie de la jouer parce que tout a été dit comme je l’entendais. 110 de Beethoven helson frere. Je l’ai entendu en concert je me suis dit que c’était ça.

Qu’est-ce que vous pensez de la musique pop ?

La musique pop pour moi c’est plutôt de la musique à danser. [Rires]

Avec quel artiste vous aimeriez collaborer ?

[Il réfléchit] Aperghis, mais je l’ai déjà rencontré. J’ai joué une de ses pièces mais j’aimerais bien collaborer avec lui.

La playlist

La chanson que vous écoutez pour vous calmer ?

Mariza, une chanteuse de fado, sa chanson Recurso.

Pour vous réveiller ?

Je n'écoute pas de musique au réveil.

La chanson que vous chanteriez sous la douche ?

Ça dépend des périodes bien sûr. L’été, je chante volontiers un extrait du deuxième acte de Tristan und Isolde, mais du coup c’est peut-être la chanson qui me réveille, quelque part ?

La chanson que vous aimez écouter pour danser ?

Addictive de Truth Hurts.

Une chanson triste que vous adorez ?

You'd be so nice to come home to, Nina Simone, à Newport. Je ne sais plus en quelle année. Sinon la bande-annonce de Parle avec elle d’Almodovar.

La chanson que vous emporteriez avec vous sur une île déserte ?

C’est toujours du fado mais cette fois-ci, elle est assez courte. Ah, attendez, pour la chanson à danser j’en ai une autre c’est Mayra Andrade, elle est du Cap-Vert : Tchapu na bandera.

Mais LA chanson, ce serait celle de Misia : Se o nosso mundo anoiteceu. [Introuvable sur l'Internet, ndlr]

Une chanson que vous ne vous lassez pas d’interpréter au piano ?

Bailecito de Carlos Guastavino. [Le morceau en question existe sur YouTube mais interprété par d'autres pianistes, pour écouter un extrait de l'interprétation qu'en fait Wilhem Latchoumia et même acheter l'album où figure cette chanson, direction iTunes store : par là, ndlr]

La plus belle chanson d’amour de tous les temps ?

Maria Bethânia, Apelo. C’est un peu triste.

Retrouvez toutes les informations et la billetterie sur le site de Musica.

Wilhem Latchoumia, piano, le 24 septembre à 18h30 à la salle de la Bourse puis au piano avec l'Ensemble Linea à France 3, à 20h30.

Propos recueillis par Cécile Becker

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