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Ce blog est celui de Musica, festival international de musiques d'aujourd'hui de Strasbourg
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25 sept 2015

BAL CONTEMPORAIN
Devenir ambianceuse

Samedi 26 septembre, le festival Musica ouvre son grand bal orchestré par Henry Fourès et interprété par l’orchestre Comité des fêtes réunissant toutes sortes d’instrument. Alors que de nombreux compositeurs ont été invités à revisiter des airs populaires, Pierre Boileau et Sabine Cornus de la compagnie L’un des paons danse ont formé des ambianceurs dont la mission est simple : inviter les spectateurs à la danse. Je suis devenue l’un d’entre eux.

Tout a commencé il y a trois ans. Le Cabaret Contemporain et Étienne Jaumet du groupe Zombie Zombie s’associaient le temps d’une soirée pour réinterpréter des œuvres de John Cage. La soirée avait lieu dans l’aula du Palais universitaire et d’étranges êtres galopaient d’un recoin à un autre créant une ambiance survoltée. C’était donc eux : les ambianceurs. La soirée fut belle : dancefloor, show de lumières, musique stratosphérique, danses en tout genre et un public étonné et emballé qui n’avait pas manqué de participer aux diverses danses – dont une mémorable sous une couverture de survie géante.

Un joli souvenir, qui ravivé par l’organisation d’un Bal contemporain cette année, m’a convaincue de devenir ambianceuse. Que cela soit dit tout-de-go, moi, Cécile Becker, humble blogueuse depuis désormais quatre éditions du festival Musica ne suis pas quelqu’un d’extravagant (plutôt réservée d’ailleurs) et encore moins danseuse. Pourquoi donc m’entrainer dans cette aventure ? Vous raconter le festival de l’intérieur a toujours été ma mission première. Et puis, la musique contemporaine ne sous-entend t-elle pas expérimentation ? Quant à ma timidité, peut-être mérite-t-elle de se frotter à l’inconnu et à une telle expérience pour pouvoir, ne serait-ce que le temps d’une soirée, se faire toute petite ? J’y ai réfléchi et ai fini par poser ma candidature au poste à responsabilité d’ambianceuse. Avant l’été, j’étais décidée.

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Cette semaine ont donc débuté les préparatifs. Mercredi à 18h30 avait lieu la première répétition au Portique, sur le campus de Strasbourg. Me voilà poussant la porte d’une large salle de danse accueillie par le sourire de Pierre Boileau et Sabine Cornus. Avant cette première soirée, les deux danseurs – qui s’échinent à faire en sorte que le mouvement soit accessible à tous – ont assisté aux premières répétitions et ont donc avec eux des enregistrements de l’orchestre. En marge de la découverte des sonorités, ils ont préparé toute une série de mouvements savants, très simples, visant à convaincre le public de participer à la danse. Ils expliquent : « L’idée n’est pas de forcer les gens à danser, elle est juste de mener le public jusqu’à nous, de l’inviter en douceur à participer à la fête, sans jamais le brusquer ».

Ainsi, en début de séance, quelques exercices nous permettent de comprendre que le sourire et le regard font partie intégrante de l’invitation. Nous ne sommes pas danseurs – sauf exception dont des membres de La Guinguette du Rhin –, mais tous devons avoir en tête qu’il ne s’agit justement pas de danser mais d’intriguer et d’inviter le public à répéter des gestes simples, accessibles à tous.

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Évidemment, il y a quelques techniques. D’abord le scramble : traverser la salle, en passant constamment entre deux personnes, vite, moins vite, mais en ayant toujours conscience des autres. Ce sera notre base. Durant la répétition, Sabine Cornus nous rappelle plusieurs fois que nous devons aller vers le public, nous mêler à la foule et ne jamais danser très longtemps avec la même personne. Il faut faire comprendre aux spectateurs que tout est ouverture. « Regardez-les, approchez-les, doucement, délicatement, tentez un geste simple : une main tendue, une épaule qui passe, certains joueront le jeu, d’autres non. N’insistez jamais. » Il faut aussi avoir conscience de l’espace et nous disséminer un petit peu partout pour que tout le public se sente concerné par nos petites danses. Elles ne doivent jamais être trop élaborées pour ne pas exclure : alors qu’une salsa résonne dans la salle, impossible de ne pas réfréner quelques gestes hérités de soirées un peu arrosées où il est aisé de se transformer en une danseuse étoile (et d’avoir plutôt l’air, de loin, d’un chat borgne en tutu). Entre nous, entre ambianceurs, la complicité s’installe rapidement. Je m’étonne moi-même d’enchaîner des sauts ridicules et des gestes, parfois dans le rythme, mais jamais très gracieux. Je comprends qu’il nous faut nous créer des personnages, des petites histoires, créer un échange d'un regard où la bienveillance est reine. C’est sûrement un peu naïf mais pour l’avoir vu avec le Cabaret Contemporain : ça marche.

Plus je me crois autre, mieux je me sens à l’aise. Après la première répétition, quand arrive la deuxième session chargée en costumes prêtés par la compagnie L’un des paons danse et très gentiment par le TNS, je décide de jouer le jeu à fond. Qu’ai-je toujours voulu être secrètement ? Une femme pleine de féminité et sûre d’elle. Qu’ai-je là devant moi ? Une belle bleu ciel brodée de dorures. Je l’essaye, trop petite. Bon. Plus loin, une belle longue robe noire, un peu brillante, toute simple. Banco. Pierre Boileau qui s’était alors mis de côté une belle veste à plumes noires, me la tend gentiment m’assurant que le costume sera parfait complétée de cette pièce. Je l’enfile. Me voilà Barbara. Un aigle noir monochrome qu’il me faudra réveiller avec un peu de couleur. Moi qui n’ai jamais mis de perruque, je ressors de ma mémoire cette scène magnifique de Lost in translation où la jolie Scarlett Johansson chante au karaoké affublée d’une perruque rose. Un collier. Beaucoup de maquillage. Et je serai certaine de ne pas être reconnaissable (à moins d’avoir fait un appel public à la perruque rose sur Facebook, mais ça c’est une autre histoire).

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Lors de la deuxième répétition, les gestes se font plus assurés. Chacun comprend sa mission et l’applique avec beaucoup d’humour. Nous mémorisons des petites chorégraphies (plus enchaînement de gestes que chorégraphie d’ailleurs) : tendre le bras, le ramener à soi, tirer le bras vers le haut, agiter un programme de Musica comme un éventail, danser une fausse valse sans jamais toucher les mains du partenaire, prendre une guirlande pour une étoile, comme si elle était la chose la plus précieuse que nous devions garder. Un syrtaki plus tard, la fin du programme approche dans une explosion de couleurs que je préfère garder pour moi pour ne pas vous gâcher la surprise.

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Samedi après-midi, comme tous les musiciens, nous avons fait un filage : une répétition générale, dans l’ordre. Nous n’étions plus entre nous mais entourés des compositeurs, de l’équipe du festival, de techniciens. L'angoisse. Mes gestes se font plus petits. Certains de mes camarades oublient vite et se lâchent. D'autres comme moi y vont à tâtons. Revient l’humour. Ne jamais se prendre au sérieux. Tout exagérer. J’oublie tout. Sauf que ces préparatifs ont été une belle expérience humaine et que cette soirée sera sûrement aussi belle que celle que j’ai déjà vécue.

Aller plus loin mais toujours sur le blog :

Le Cabaret contemporain 2012 en images

Bal contemporain, le 26 septembre à 22h30 dans l'Aula du Palais universitaire

Par Cécile Becker // Photos : Guillaume Chauvin (sauf Scarlett)

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