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Ce blog est celui de Musica, festival international de musiques d'aujourd'hui de Strasbourg
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28 sept 2015

BERLIN, SYMPHONIE D'UNE GRANDE VILLE
La ville en son temps

Dans Berlin, Symphonie d’une grande ville (1927), Walter Ruttmann filme 24h de la vie du Berlin des années folles. Une ville frénétique et moderne, une œuvre modèle du genre et un film bien dans son époque. Un ciné-concert Musica avec la musique d'Edmund Meisel interprétée par l'Orchestre philharmonique de Strasbourg.

Berlin pendant les années folles

1927, la République de Weimar se stabilise. La « Loi formant le grand Berlin » de 1920 intègre les communes avoisinantes et fait de la capitale allemande l’une des plus grandes villes industrielles européennes. La constitution de la République assurent des droits fondamentaux et des libertés qui en font une métropole culturelle, où l’on croise Bertolt Brecht, Otto Dix, Max Liebermann, Billy Wilder et Joséphine Baker. C’est ce boom que filme Walter Ruttmann, de l’aube à l’aube, de l’arrivée des travailleurs aux folles nuits, montrant l’effervescence de toutes les activités humaines. Pour lui, Berlin est « la plus intéressante de toutes les villes, parce qu’elle est la plus jeune des métropoles du monde, parce qu’elle est la ville encore en devenir qui n’étouffe pas déjà derrière ses façades, écrasée par sa propre monumentalité ». Et d’ajouter : « Berlin, la ville de tous les désirs est le cœur, le thème et l’unique acteur de mon travail symphonique. »

Les avant-gardes

À partir des années 10, le documentaire (si l’on peut le qualifier ainsi) sur les villes est un genre à part entière et prisé des avant-gardes. Le cinéma est un art relativement nouveau, et cette forme permet des expérimentations visuelles et sonores (les bruits de la ville intègrent la musique) en même temps qu’elle révèle l’évolution frénétique du monde. Walter Ruttmann, formé à l’architecture et auteur jusqu’ici de courts métrages expérimentaux et abstraits (il a également créé la séquence animée des Nibelungen de Fritz Lang), s’inscrit dans cette lignée. Il s’adjoint Edmund Meisel pour la musique. Considéré comme le premier véritable compositeur de musique de films de l'histoire du cinéma, celui-ci créé une bande-son désormais indissociable de l’image, dans la tradition de l’œuvre d’art total (Gesamtkunstwerk) que reprennent de nombreux artistes et architectes. On trouve aussi dans Berlin, Symphonie, d’une grande ville, comme dans beaucoup des documentaires urbains de cette époque, des éléments du futurisme, ce mouvement artistique né en Italie qui exalte le monde moderne, en particulier la civilisation urbaine, la machine et la vitesse. Avec une prédilection pour les modes de transport (surtout le train et le tramway), Ruttmann juxtapose des milliers d’images dans un rythme frénétique et une accélération permanente, jouant sur les effets de juxtaposition et de superpositions de plans magistralement cadrés. Pour Dominique Noguez dans le Dictionnaire du cinéma « Par le montage, jouant du rythme et des analogies visuelles, reprenant des thèmes de Cavalcanti (Rien que les heures, 1926), des idées de Vertov, Ruttmann fait de ce documentaire sur une journée à Berlin un modèle de "symphonie de ville" et une préfiguration de L'Homme à la caméra (1929) de Dziga Vertov. » Le montage joue un rôle primordial, même s’il est parfois un peu caricatural, comme lorsqu’il compare les humains aux animaux.

Un portrait universel

Si le film connaît un succès immédiat et reste encore aujourd’hui une référence en la matière, la critique le reçoit avec circonspection. Contrairement à de nombreux artistes, Ruttmann revendique son apolitisme. Son portrait de Berlin est en effet curieusement détaché de tout contexte politique, pourtant explosif dans l’entre-deux-guerres, alors que les idées populistes commencent à se diffuser. Certains critiques mettent ce parti-pris en relation avec son embauche par la UFA (Universum Film AG), qui réalise des films de propagande à partir de 1933. On pourrait aussi considérer que, échappant ainsi à son contexte, ce portrait à une valeur universelle. « Les milliers d’énergies qui composent la vie de Berlin » et que Ruttmann cherche ici à capter symbolisent la ville moderne, la société industrielle des années folles, au rythme infernal et au bord du gouffre.

La musique

Si certains ont considéré ce film comme la première oeuvre d'art totale, la musique n'y est pas étrangère. La projection du film était accompagnée d'un orchestre de 70 musiciens – ici il le sera par 16 musiciens de l'Orchestre philharmonique de Strasbourg – sur la partition originale d'Edmund Meisel qui s'attache à suivre le rythme du film, sa frénésie. Le ciné-concert était ici pratiquée, chose rare pour l'époque.

Retrouvez toutes les informations et la billetterie sur le site de Musica.

Berlin, symphonie d'une grande ville, ciné-concert le 2 octobre à 20h30 à la Cité de la musique et de la danse.

Par Sylvia Dubost

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