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Ce blog est celui de Musica, festival international de musiques d'aujourd'hui de Strasbourg
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8 oct 2015

INTERVIEW
Clara Olivares : jeune compositrice

Une chose est sûre : cette année, plus que jamais, le festival Musica a démontré la vivacité de la musique contemporaine en consacrant une large partie de son programme à la jeune génération. L’Académie en est le témoin le plus vibrant, tout comme les instants consacrés aux jeunes compositeurs ou musiciens. Clara Olivares, compositrice de 22 ans en master 1 de composition, a notamment présenté sa création V.I.T.R.I.O.L dans ce cadre. Fidèle lectrice de ce blog, nous l’avions repérée depuis quelques éditions déjà. L’occasion d’échanger avec elle sur son parcours, ce métier, ses moteurs.

Devenir compositeur, ça se décide ou ça s’impose ?

J’ai toujours un petit peu composé. Lorsque j’ai intégré le conservatoire à l’âge de 7 ans, je montrais ce que j’avais composé à chaque fin de cours de solfège, même si ce n’était pas beaucoup. À 17 ans, lorsque j’ai vraiment approché la composition, au bout de 2-3 mois, je savais que je voulais vraiment faire ça. C’était libérateur ! J’étais certaine que c’était ce que j’allais faire. C’est à ce moment-là que j’ai vu qu’il y avait un concours de composition et je me suis dit : pourquoi ne pas écrire quelque chose. En moins d’une semaine c’était fait. J’ai été finaliste, et j’ai réalisé que je pouvais faire des choses concrètes pouvant convenir à d’autres personnes. C’était l’extase.

A una Lagrima, composition de Clara Olivares pour violoncelle et soprano par Mathilde Vendramin

J’ai toujours entendu dire que l’instrument de prédilection du compositeur était le piano, vous en jouiez ?

J’ai joué du piano jusqu’à ce que je j’obtienne mon diplôme il y a deux ans. Je ne dirais pas que c’est l’instrument du compositeur puisque je ne m’en suis jamais servie pour composer. Peu d’élèves de ma classe de composition viennent du piano, la majorité pratiquent le violon et la trompette. Mais c’est vrai que c’est utile de pratiquer le piano.

Qu’est-ce qui vous plaît dans le métier de compositrice ?

Je ne me suis pas trop posée de questions, ni même interrogée sur cette profession. J’ai juste composé et j’ai continué. Ce que j’adore, c’est le fait d’être méticuleux. J’ai trouvé dans la composition une rigueur que je n’arrivais pas du tout à percevoir avec le piano. J’adore ça, me lever très tôt et composer dès 5 heures du matin. Malgré les difficultés, les doutes, les ratures et les angoisses, c’est ce que j’aime faire. Rien que de dessiner les notes et de voir la page se remplir peu à peu est un réel plaisir. En composition, il y a un début et jamais vraiment une fin, on corrigera toujours pour améliorer.

Avez-vous des modèles, des personnes que vous admirez ?

Oui, il y a eu un moment où je regardais énormément les partitions de György Ligeti mais mon modèle était Christophe Bertrand. Je suis entrée en classe de composition deux semaines après l’un de ses quatuors et ça m’a fait comme un électrochoc. La musique contemporaine était pour moi un non-sens, je ne comprenais pas du tout comment et pourquoi on pouvait écouter ça, s’infliger un tel bruit dans les oreilles. Dès l’écoute de son quatuor, j’ai senti l’expression du déchirement, c’était brusque. J’étais toute engourdie. Cette musique est une véritable aventure qui se répète différemment.

Comment composez-vous ? Est-ce les images qui vous inspirent ou au contraire le rapport qu’un musicien pourra avoir avec son instrument et vos notes ?

Ma manière de composer est en train d’évoluer. Avant, je partais d’une image mentale : j’inventais des images qui pouvaient m’aider à composer. En général, je prends des couleurs et je commence à faire des formes. Je fais une espèce de tableau que j’annote souvent et dès que je commence à composer tout dérive. Ça vient du fait que j’aperçois toujours la musique en couleurs, ce qu’on appelle la synesthésie. Aujourd’hui, je passe un peu plus par l’instrument. Au moment où on peut être freiné – et ça arrive forcément –l’instrumentiste peut aider en proposant une large palette de possibilités. Il connaît son instrument et possède son geste. Une composition est le résultat d’une vraie collaboration avec l’instrument et ça l’instrumentiste le sait. Mais ce qui est sûr, c’est que j’ai besoin de me figurer un son, un sens et d’aller au plus proche de ce que j’imaginais. D’autres compositeurs auront besoin de tester différents chemins de mener toute sorte d’expériences, je ne suis pas comme ça.

Qu’est-ce que vous écrivez ? Qu’est-ce que vous aimeriez écrire ?

J’ai beaucoup écrit pour la voix. Mais ça vient aussi du fait que j’ai eu beaucoup contact avec des chanteuses qui m’ont sollicitée. Pour le master 2 l’année prochaine, il faudra présenter une heure de musique et je me dirige vers un Opéra. J’aimerais aboutir à quelque chose de complet et c’est un gros défi. Il y aura de la voix, des instruments, de l’électronique en temps réel, de la marionnette, une vraie mise en scène. Nous avons la chance d’être rattachés à la HEAR et de pouvoir profiter d’une expertise, notamment en terme de décoration.

Avez-vous des projets après votre master ?

J’aimerais faire un doctorat, je ne suis pas très pressée d’être dans le monde du travail. En tout cas, je pense que je ne pourrais rien faire d’autre que la composition.

Propos recueillis par Cécile Becker

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