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Ce blog est celui de Musica, festival international de musiques d'aujourd'hui de Strasbourg
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29 juin 2016

MUSICA 2016
Présentation

Huray ! Le blog reprend du service avec un avant-goût tout personnel de la 34e programmation de Musica. 18 jours, 44 propositions musicales, 75 compositeurs, 25 nationalité représentées, 108 œuvres, 39 créations… Des chiffres à en avoir le tournis et une édition qui s’annonce réjouissante, diverse, ouverte et… rock’n’roll !

Le 23 juin dernier, votre humble serviteur Jean-Dominique Marco [directeur de votre festival favori, au cas où vous auriez passé ces 20 dernières années enfermés dans la crypte de la Cathédrale de Strasbourg] présentait la 34e programmation du festival Musica dans un cadre plus qu’agréable : la Villa Sturm. L’occasion de découvrir aussi, l’affiche du festival réalisée par Poste 4 sur la base du très beau travail de Guillaume Barth (dont nous aurons, c’est sûr, tout le loisir de reparler ici).

Autant le dire tout-de-go, cette édition m’a enchantée approximativement 27 secondes après le début de la présentation. Pourquoi ? D’abord parce qu’elle ose tout, tant du point de vue des rapprochements – il fallait oser mettre côte à côte Steve Reich et Johann Sebastian Bach le temps d’un concert, merci qui ? Merci François-Xavier Roth ! –, des mélanges (vous avez dit rock et danse contemporaine ?) que des diverses ouvertures qu’elle promet : vers le rock, encore une fois, vers les possibilités technologiques et vers l’infini et l’au-delà (2001, l’Odyssée de l’espace en concert d’ouverture).

Bref, je me suis empressée d’appeler mes amis (ou de leur en parler autour d’une bière, soyons honnête * insérez ici la fameuse phrase « l’alcool est dangereux pour la santé… modération… » *) pour leur signifier la multitude de concerts qui pourraient leur permettre, enfin, d’outrepasser leurs craintes de traverser les portes du festival Musica pourtant grandes ouvertes.

On ne vous chantera plus ici l’éternel refrain affirmant que la musique contemporaine est élitiste, inaccessible, « trop cheloue askip » (ce n’est pas moi qui le dit mais ma petite sœur de 18 ans), lointaine, blablabla, bien que mes amis semblent encore le fredonner : C’EST FAUX, capisce ? La curiosité vous le prouvera. À Musica, on peut danser, revêtir une perruque rose ou porter un ananas, fermer les yeux, rire et s’autoriser la surprise.

Histoire de vous mettre l’eau à la bouche, je vous propose ici un parcours bien personnel parmi la programmation. 12 concerts (sorry, je n’ai pas réussi à faire moins) brassant large et s’autorisant quelques découvertes aussi, répartis selon des sous-groupes de mon cru.

Avant de plonger dans cette sélection, petit détour du côté du concert d'ouverture.

⇒ n°5 : 2001, l’Odyssée de l’espace

Sous forme de ciné-concert mesdames et messieurs. Expérimentation, science-fiction ou aventure visuelle, le chef-d’œuvre de Stanley Kubrick sera accompagné par l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg qui interprétera EN DIRECT les œuvres d’Aram Khatchatourian, György Ligeti, Johann Strauss fils et, et, et… le fameux thème, l’introduction du Also sprach Zarathustra de Richard Strauss pour lequel nous avons tous secrètement rêvé d’interpréter la partition de grosse caisse.

Anecdotes ? Kubrick avait commandé la musique du film à un compositeur (Alex North), en attendant la livraison il a utilisé les partitions citées plus haut pour finalement décider de les conserver… Pas très sympa. Une autre ? Elvis Presley a également utilisé l'introduction d'Also sprach Zarathustra quelques années, pour ouvrir ses concerts. Ahhh, Elvis.

1/ Transmission… Immersion

Le meilleur des sous-groupes, si vous voulez mon avis, dédié selon Jean-Dominique Marco lui-même aux « Ambiances électroniques » avec des musiques électro-acoustiques, des acousmonium et du numérique dedans. Acousmonium, électroacoustique, kézaco ? Je vous propose de vous rendre aux rencontres Musica qui viennent ponctuer le festival et notamment Qu’est-ce qu’un acousmonium ? et Autour des musiques électroacoustiques pour le comprendre. Moi, je ne vous l’expliquerai sûrement pas assez précisément, et on risque de me reprocher de faire trop long. Florence Tournier Lavaux, si tu m’entends. Ambiançons-nous, donc.

⇒ n°4 : Jeunes talents, musique acousmatique

On fait d’une pierre deux coups, on découvre la musique acousmatique en vrai et ces jeunes qui la font. Elle est pas belle la vie ?

⇒ n°7 : Pierre Henry

Après son sublime concert où il avait notamment donné sa Fantaisie Messe pour le temps présent en 2013, le père de la musique concrète repasse par le festival pour nous proposer son Dracula, inspiré de la Tétralogie de Wagner. Inratable ! Le + ? Thierry Balasse, compagnon de route de Pierre Henry (entre autres), officiera en temps qu’ingénieur du son – je vous parle de lui un peu plus bas.

⇒ n°9 + 10 : Groupe de recherches musicales – GRM

Découpé en deux parties par journée, ce concert offre une belle rétrospective du travail de ce groupe qui a fondé les contours de la musique électroacoustique et continue de l’explorer. Créé par Pierre Schaeffer en 1958, le GRM est intimement lié au medium radio et participe d’interrogations passionnantes : comment créer et faire entendre les bruits, les sons autrement et comment construire une autre musique ? Pour résumer le GRM est à la source des grands mouvements de musique actuelle : l’électronique, la techno et le hip-hop. Les boucles ? Le scratch ? Le bruit utilisé à des fins musicales ? Ils l’ont fait.

⇒ n°21 : Concert pour le temps présent

C’est le concert que j’attends le plus pour trois raisons : d’abord parce que la Messe pour le temps présent de Pierre Henry est un bijou, ensuite parce que Thierry Balasse, compositeur passionné et passionnant et directeur artistique de la compagnie Inouïe est sans doute le plus sympathique que j’ai pu rencontrer pour le blog de Musica (le seul compositeur à avoir commenté sur ce blog !) Et enfin parce qu’après avoir vu sa Face cachée de la Lune en 2012 où toutes sortes d’instruments avaient envahi la scène pour nous laisser apprécier le Dark side of the Moon du Floyd, comme s’il était enregistré sous nos yeux, je sais avec certitude que le tube de Pierre Henry interprété ici ne dérogera pas au sublime. Toujours diffusée sur bandes magnétiques, la Messe pour le temps présent prend pour la première fois, avec Thierry Balasse, vie. On prend son ostie sans rechigner.

⇒ n°27 : eRikm ElectroA

Platiniste, guitariste, compositeur, plasticien et manipulateur du sensible, eRikm nous vient de Mulhouse et triture la matière sonore pour en extraire des poésies musicales bien ancrées dans leur temps.

Comme on peut le voir ici, la manipulation est infiniment délicate et le résultat, vous le verrez, détonnant. eRikm a notamment dernièrement collaboré avec les Percussions de Strasbourg, c’est d’ailleurs par ce biais que j’avais pu me familiariser avec son travail.

2/ Les formats plus « classiques » (mais pas que)

Vous êtes plutôt musique de chambre ? Ou même carrément souhaitez découvrir la musique contemporaine (les passionnés n’ont pas besoin de moi pour leur construire un parcours !) ? Ou juste voir un orchestre ? C’est par ici que ça se passe.

⇒ n°11 : Münchener Kammerorchester / RIAS Kammerchor

Pourquoi ce choix ? Un concert à la Cathédrale de Strasbourg, ça ne se rate pas, et j’ai toujours été fascinée par tout ce qui touche à la spiritualité. Bingo : ce concert pour chœur et orchestre verra le Responsorio delle Tenebre de Sciarrino et le Requiem de Duruflé résonner entre les murs de notre dame de pierre. Pascal Dusapin, que j’avais pu rencontrer ici (il nous parlait notamment de Lady Gaga), donnera lui, son Disputatio composé sur un texte d’un théologien. On promet pas mal de frissons.

⇒ n°18 : Jean-François Heisser / Jean-Frédéric Neuburger, piano

Un duo dont la musique sera mise en espace autour de la galaxie Mantra de Stockhausen, l’occasion de se familiariser avec ce compositeur très inventif, mentor de très nombreux compositeurs actuels de musique contemporaine. Mantra est une œuvre pionnière en matière de son en temps réel. C’est à la Salle de la Bourse où on aime l’ambiance intimiste.

⇒ n°20 : Quatuor Diotima

Ici encore, on pourra se familiariser avec l’œuvre d’un compositeur, Alberto Posadas, dont le parcours sera régulièrement mis à l’honneur durant cette édition. Il participe notamment à l’Académie de composition Philippe Manoury – Festival Musica. Sombras, qui sera interprétée par le Quatuor Diotima, est ici donnée pour la première fois dans sa version intégrale en France, elle est représentative du travail d’Alberto Posadas.

⇒ n°41 : Reich / Bach

Je le disais en introduction, rapprocher ces deux compositeurs a été l’idée (folle ?) de François Xavier-Roth, directeur musical de l’orchestre Les Siècles (qu’il a fondé) et de l’opéra de Cologne. Tehilim de Steve Reich, pionnier de la musique minimaliste, et Magnificat de Johann Sebastian Bach seront interprétés successivement (honnêtement, c’est un exploit tant ces deux œuvres sont différentes et surtout, espacées de 250 ans !) Spoiler : différentes, elles se rejoignent sur quelques points communs. On ira constater lesquels…

3/ Rock the Casbah

Commençons efficacement. Voilà ma tête quand j’ai découvert que Rodolphe Burger viendrait jouer à Musica et plus globalement quand le rock irait fricoter avec la programmation de cette année.

Vous allez me dire : Nirvana, les Rolling Stones, Patti Smith ou Rodolphe Burger et la musique contemporaine n’ont pas grand chose en commun. Pas faux. Sauf que cloisonner musique populaire et musique contemporaine c’est so 1990, en clair : ça n’a plus aucun sens ! Pourquoi pas ? Philippe Manoury me l’avait confié lors d’une interview pour le magazine Zut ! : « Nous ne nous rendons pas forcément compte que c’est grâce aux formes populaires qu’ont pu se former les formes savantes. » Et paf. Dans les dents.

⇒ n°23 : My Rock

Les danseurs du Groupe Émile Dubois sur Patti Smith, les Clash, Nirvana, Elvis Presley ou les Rolling Stones ? Super. Et surtout sur une chorégraphie de Jean-Claude Gallotta, autant vous dire que le geste n’a rien de gratuit ou de « trop facile »… Lisons-le d’ailleurs : « Le rock était une piste pour ne pas tomber dans l’ennui et la dépression de l’adolescence », qui ceux qui se reconnaissent lèvent le doigt !

⇒ n°38+39 : Rodolphe Burger / Play Kat Onoma

Je n’ai pas vu le concert prévu en première partie : Billy the Kid I love you, mais le deuxième oui : Play Kat Onoma donc. On rappelle que Kat Onoma est un groupe né dans les années 80 et qu’il mêle volontiers, rock, jazz et musique expérimentale. Impossible de reformer le groupe aujourd’hui – Guy « Bix » Bickel ayant malheureusement disparu – mais possible de lui rendre hommage. C’est en tout cas le souhait de Rodolphe Burger et Philippe Poirier deux de ses musiciens. Et donc, j’en témoigne, j’ai vu ce concert (le concert est visible dans sa totalité à ce lien) lors de la dernière édition de C’est dans la vallée (festival chapeauté et pensé par Rodolphe Burger), ce fût un très très beau moment.

3 parties, 12 concerts, un parcours à tenter pour ceux qui veulent explorer jusqu’au bout les possibilités du festival Musica.

Il ne vous reste plus qu’à franchir le pas – n’hésitez pas à laisser un commentaire ici si c’est le cas, je me ferai une joie de récupérer vos impressions – et à vous rendre à la billetterie du festival désormais installée dans les bureaux du festival au Conservatoire. Isabelle se fera un plaisir de vous conseiller/aiguiller et vous aurez peut-être même l’occasion de croiser Nana, la chienne de Jean-Dominique Marco !

On court, on vole, on se dépêche !

Toute la programmation du festival

La billetterie

P.S. Vous pouvez désormais suivre non seulement Musica sur Facebook mais aussi, depuis peu, sur Twitter #musica2016 !

Par Cécile Becker

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