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Ce blog est celui de Musica, festival international de musiques d'aujourd'hui de Strasbourg
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15 sept 2016

TEMOIGNAGES
Ils racontent Pierre Henry

Il est l'un des grands manitous de la musique concrète. Un expérimentateur hors-pair. Une figure pour bon nombre de compositeurs et musiciens de tous bords – musique populaire comprise. Après être passé une première fois par le festival en 1985 – je n’étais pas née – et avoir secoué la salle des fêtes de Schiltigheim en 2013, Pierre Henry revient à Musica. L’occasion de mesurer l’impact de son travail sur la musique et ses auditeurs.

Il y a des noms comme ça qui résonnent. Chez certains, la simple évocation de Pierre Henry soulève tout un tas de mots savants, évoque des expérimentations sonores un peu folles, rappelle des instants remarqués et remarquables. Ceux-là sont ceux qui savent : les compositeurs, musiciens et ingénieurs du son qui, dans son sillage, cultivent un goût pour le son libre, sans limites, qui ne cessent de remuer le vaste champ des possibles technologiques.

Chez d’autres, il évoque un souvenir d’enfance : un vieux disque de la collection familiale qui nous faisait naïvement rêver à l’espace. Sur ce disque, régnait en maître son Psyché Rock, aussi étrange que fascinant, adopté par par le producteur briton Fatboy Slim et par Matt Groening pour ouvrir Futuruma .

Allez, pour le plaisir :

Que son nom soit une évidence ou non, on l’a tous entendu quelque part. Faisant plutôt partie du deuxième groupe, et ayant appris au fil de mes participations au festival Musica, et particulièrement à ce blog, à comprendre la musique contemporaine et ses multiples satellites, j’ai voulu explorer l’aura entourant Pierre Henry en interrogeant des compositeurs, des musiciens, des techniciens et des membres du public qui ont pu assister à ce mythique concert de 2013. Voici ce qu’ils racontent de Pierre Henry.

Daniel Teruggi, directeur de l'Ina GRM (Groupe de recherches musicales)

« Au-delà de l’impressionnante trajectoire de Pierre Henry, c’est sa perception du son qu’en est l’élément saillant de sa musique. Il arrive à « convaincre » les sons d’entrer dans sa musique pour, à travers ce geste, les transmuter dans une création toujours renouvelée et toujours inégalée. »

Élément de contexte : Pierre Henry intègre les studios de la RTF en 1950 après avoir rencontré Pierre Schaeffer qui y avait créé le Studio d’essai. De cette amitié naît la Symphonie pour un homme seul et le Groupe de recherche de musique concrète (GRMC) – sorte de préfiguration du GRM que Pierre Schaeffer montera en 1958 – dont Pierre Henry dirigera les travaux. Pierre Henry quitte lui le navire en ouvrant son propre studio la même année.

• Daniel Teruggi animera l’atelier Qu’est-ce qu’un acousmonium ? le 21 septembre à 18h30 à la salle de la Bourse et la rencontre autour des musiques électroacoustiques le 22 septembre à 12h30 à la BNU (eRikm et Thierry Balasse seront autour de la table).

• Le GRM donnera ses œuvres historiques le 24 septembre à 15h, et des œuvres d’aujourd’hui le même jour à 18h, à la salle de la Bourse.

Sarah Brabo-Durand, musicienne, a assisté au concert de Pierre Henry en 2013

« En tant que musicienne, je connaissais l’histoire de Pierre Henry et son importance dans la musique. En allant voir son concert, je m'attendais à assister à un pan d’histoire, un monument, live, mais semblable à ce que j’avais pu entendre en enregistrement. Puis Pierre Henry est arrivé, et la salle a tremblé. C’était cette même Messe pour le temps présent, mais vivante, puissante, incroyablement moderne, sans concessions. Ce soir-là, Pierre Henry m’a montrée, ainsi qu’à tous ceux qui ont eu la chance d’être là, que même après une telle carrière, notre engagement d’artistes doit nous pousser à ne jamais rien considérer comme acquis et à nous renouveler sans cesse. C’était une leçon précieuse et incroyable. »

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eRikm, platiniste, compositeur, plasticien

« Je suis allé écouter plusieurs fois Pierre Henry en concert, dont une dans le cadre du festival d’automne, une pièce qui s’appelait Intérieur/Extérieur, chez lui. Dans cette pièce, il y avait deux mouvements. Pour le premier, le public était trié, on pouvait être un certain nombre dans sa maison, lui était dans le studio à côté de sa cuisine. Ce qui était très impressionnant c’était ce hangar où on pouvait voir toutes ses archives et ses bandes magnétiques. Là, on voyait vraiment la somme de travail gigantesque qu’il a pu abattre. Pour l’écoute du premier mouvement, on devait être statique, qu’on soit assis dans sa baignoire ou sur son lit. Il y avait des haut-parleurs partout dans la maison. Pour le deuxième, on pouvait se déplacer : je suis entré dans le studio où ils étaient en train de mixer et c’était assez étonnant, c’était la première fois que je le voyais en train de travailler avec ses deux assistantes. C’était un moment assez fort. La chose la plus importante pour moi, c’était lors du festival international de piano de la Roque d’Anthénon, il a été invité une année à jouer un certain nombre de pièces autour du piano préparé. Dans une chapelle, il jouait des pièces des années 50, jusque dans les années 90 où on entendait la qualité de l’enregistrement des pianos préparés, de la façon dont c’était mixé. C’était étonnant. Pierre Henry c’est l’endroit de la technique et de la composition. »

• eRikm en concert avec le GRM – œuvres d’aujourd’hui, le 24 septembre à 18h, à la salle de la Bourse.

eRiKm / ElectroA, le 30 septembre à 22h30, à la Salle de la Bourse

Drum-Machines, le 7 octobre à 20h30, à la Cité de la Musique et de la Danse.

•eRikm participera à la discussion autour des musiques électroacoustiques le 22 septembre à 12h30 à la BNU.

Inès Pons-Mora Hôtesse Musica, a assisté au concert de Pierre Henry en 2013

« C’était la première fois que je voyais un live de ce compositeur et j’étais très étonnée par la contemporanéité de sa musique, qui dépasse les conditions d’écoute d’une salle de concert traditionnelle. Une seule personne du public avait franchi le pas de se lever pour danser et j’aurais adoré faire pareil mais je n’en ai pas eu le courage. Ce compositeur est capable de faire danser un public jeune. C’était une très belle leçon de musique et un beau souvenir de spectatrice. »

Thierry Balasse, compositeur, directeur artistique de la compagnie Inouïe

« C’est grâce à Etienne Bultingaire, mon professeur de son il y a plus de trente ans, que j’ai rencontré Pierre Henry. J’ai d’abord travaillé à son service comme technicien son, puis Etienne m’a formé à l’interprétation sur orchestre de haut-parleurs, et je suis devenu petit à petit interprète de Pierre Henry, de façon ponctuelle. Depuis plus de dix ans je parlais à Pierre Henry de mon désir d’interpréter sur scène la Messe pour le temps présent. Il a longtemps refusé. J’ai décidé de lui écrire une ultime longue lettre pour lui expliquer ma démarche. Elle se terminait par cette citation de Jean Jaurès : « Le courage, c’est savoir qui on est ». J’ai reçu très peu de temps après ce petit mot manuscrit :

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Et l’aventure a pu commencer ! Je ne crois pas que Pierre Henry ait jamais eu d’élève, de disciple ou de « fils spirituel ». Mais je suis très touché qu’il me confie l’interprétation de la création des Chroniques terriennes à Musica, et honoré (terme que j’emploie vraiment très rarement mais qui me paraît approprié ici) qu’il me demande de travailler avec lui dans les mois qui viennent à la sélection de pièces essentielles pour lesquelles il me transmettra ses consignes d’interprétation pour les années à venir. »

• Thierry Balasse sera l’ingénieur du son de Pierre Henry pour son concert le 23 septembre, au Point d’eau à Ostwald.

• Il présentera son Concert pour le temps présent le 28 septembre à 20h30, à la Cité de la musique et de la danse.

• Il participera également à la discussion autour des musiques électroacoustiques le 22 septembre à 12h30, à la BNU.

Par Cécile Becker

Photo Pierre Henry : © Orelie Grimaldi

Photo eRikm : © Karel Sust

Pour aller plus loin, sur le blog :

- Petit portrait de Pierre Henry

- Photo et review de son concert en 2013

- Interview de Thierry Balasse à l'occasion de son concert La face cachée de la lune

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