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Ce blog est celui de Musica, festival international de musiques d'aujourd'hui de Strasbourg
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26 sept 2016

RENCONTRE
Jean-François Zygel, poème ininterrompu

Jean-François Zygel, pianiste et Victoire de la musique 2006, a fait de l'improvisation un art. C'est un nouveau tour de force auquel il nous a proposé d'assister au travers de six heures de cinéma-concert. En deux séances de trois heures, le dimanche 25 et le lundi 26 septembre, a été projetée l'œuvre monumentale de Henri Fescourt, Les Misérables, film muet de 1925 adapté du roman de Victor Hugo.

Restauré en numérique en 2014, cette version longue avec ses couleurs d'origine est soutenue (sublimée pourrait-on dire) par l'accompagnement au piano de Jean-François Zygel. Un tel spectacle a des allures de performance, et pourtant, lorsqu'on interroge le compositeur (ici improvisateur) sur les mécanismes de la création spontanée, c'est une théorie tout en bon sens et en malice qu'il nous dévoile.

Pour ce pianiste d'exception, l'improvisation est avant tout « un exercice de concentration qui consiste à n'être qu'à ce qu'on fait, un peu comme l'hypnose ». C'est dans cet état « qui suspend l'idée du temps » que Jean-François Zygel met en musique les impressions du film, puisant dans sa connaissance préalable, non seulement de l'œuvre mais de la vie elle-même. Car « l'improvisation n'est pas une chose magique », elle est préparée, ou plutôt semi-improvisée. « Ce qui est préparé, c'est ce qu'on a en tête. » Rien d'écrit donc, mais un état d'esprit, un thème, une technique qui sont déjà choisis : « l'improvisation repose sur des choses travaillées ».

Voilà pour les premières notes, la suite du récital dépendra quant à elle de « l'art de la conséquence », formule séduisante qui veut, « qu'au bout de dix secondes, à peine arrivé », on ait déjà « créé un effet qui induit une conséquence à laquelle on se fie et qu'il faut prolonger. » L'improvisation revêt alors une dimension morale, un impératif auquel se soustraire.

Intervenant au cœur de l'œuvre, Jean-François Zygel est intime avec elle, maîtrise son esthétique, son découpage, son rythme, tant et si bien qu'il apparaît finalement comme « le dernier metteur en scène du film ».

Pour lui, l’improvisation est une forme de discours et son rapport au film, un dialogue. D'une séance à l'autre, les tirades changent, c'est là toute la beauté et le mystère de l'exercice, Jean-François Zygel avec un sourire espiègle, le compare à un premier rendez-vous galant, « quand on a quelque chose en tête mais que tout se passe autrement. »

La musique, comme l'amour, est un subtil langage.

Par Aurélien Montinari - Photo : Guillaume Chauvin

Plus d'informations sur Les Misérables, en concert à Musica les 25 et 26 septembre dernier.

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