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Ce blog est celui de Musica, festival international de musiques d'aujourd'hui de Strasbourg
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24 sept 2016

REVIEW
2001, L'Odyssée de l'espace

Jeudi 22 septembre avait lieu le concert d’ouverture du festival Musica, sur les notes et les images de 2001, L’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick. Un moment précieux entre éclats musicaux et curiosités cinématographiques. Faut-il ou ne faut-il pas comprendre ce film ? Que nous dit cette musique ? Tentatives de réponse.

Il est près de 20h. Devant le Palais de la musique et des congrès, la foule se fait de plus en plus compacte : les scolaires se mettent en rang, reçoivent leurs tickets, les officiels, on le devine, attendent patiemment la ministre de la Culture, Audrey Azoulay.

Ce soir, comme tous les autres, hors de question de se laisser parasiter l’esprit : l’Orchestre philharmonique de Strasbourg donne les partitions qui ont participé de la construction de la légende autour de 2001, L’Odyssée de l'espace. Ce qui s’annonçait comme un croisement des mondes : musique classique et monument du cinéma de science-fiction a pris : la salle est comble.

On le sait, il faudra attendre l’arrivée de la ministre de la Culture avant que les premières notes ne retentissent. La voilà qui arrive, entourée d’un cortège d’élus et d’une caméra qui se fraye un chemin jusqu’à elle pour tenter de recueillir quelques mots. Drôle de constater que certains membres du public ont observé la valse médiatique et se mettent, dès la lumière de la caméra allumée à applaudir bruyamment pour empêcher ce moment télévisuel d’avoir lieu : il est déjà 20h37, il faut commencer. Les retardataires seront l’objet de regards insistants et de quelques « oh » et « ah » signifiants.

2 minutes à peine après l’installation de chaque membre du public, l’Orchestre fait son entrée sous un tonnerre d’applaudissements. Certains d’entre nous respirent un bon coup, tout en croisant les doigts pour que les vessies se contiennent : c’est parti pour 2h40 de concert et de cinéma sans entracte – malgré l’énorme message Intermission qui aurait pu nous laisser croire à quelques minutes d’étirement. (Au final, le temps est passé bien plus vite que prévu…)

Vous avez raté le concert ? Heureusement Amélie Mansard et Faustine Reibaud ont préparé ce teaser, en répétition avec l'OPS :

Un bruit sourd provenant de l’Orchestre commence à envahir la salle : il faudra quelques minutes encore avant que les premières images n’envahissent l’écran et qu’Also sprach Zarathustra de Richard Strauss ne retentisse. Frissons garantis. Autour de nous, beaucoup de sourires enthousiastes viennent habiller les visages. L’Orchestre philharmonique de Strasbourg aura pris le soin de laisser le film et les dialogues advenir et de jouer scrupuleusement les partitions choisies par Stanley Kubrick. (Rappelons qu’il avait habillé ce film en attendant les créations d’Alex North ou Frank Cordell, et qu’il a finalement décidé de conserver les œuvres de Strauss, Ligeti, Strauss fils et Khatchatourian).

Si le film est difficilement résumable, bien qu’il semble – je n’ai pas parcouru les multiples analyses disponibles sur internet – s’attacher à retracer l’histoire de l’humanité et ses troubles, parcourue d’une intelligence suprême et incontrôlable, en quatre parties. Vulgairement, les premières scènes nous font partager le quotidien de deux groupes de primates qui n’ont pas particulièrement l’air de s’apprécier. Quand soudain apparaît une sorte d'iPhone géant (ou monolithe, pour les pointilleux) dont les proportions et le façonnage sont très étonnants pour l’époque. Celle-ci semble faire ressortir les instincts primaires des animaux qui se mettent à défendre leur territoire, munis d’os d’animaux morts.

Nous voilà ensuite dans l’espace et c’est ici même – bien que nous en ayons eu l’intuition plus tôt – que l’on comprend le génie de Kubrick et l’utilisation essentielle de la musique qui vient souligner une certaine chorégraphie de l’univers esthétique. Il y a là des boucles, des lignes, des symétries, des répétitions de geste qu’on imaginerait aisément intégrer un spectacle de danse. Ces scènes de décor, relativement longues, nous plongent dans un état de contemplation quasiment psychédélique, pouvant parfois être inconfortable. Ça tourne, ça bouge, la symétrie s’étale sur l’écran ne laissant aucune place à ces détails ou ces accidents de l'ordinaire. C'est parfait.

Dans cette deuxième partie, un homme vient appuyer une équipe confortablement installée dans l’espace – le design y est très avant-gardiste – qui s’inquiète de la disparition d’une équipe et de l’apparition d’un cratère ancien qui n’aurait pu être creusé qu’avec une technologie de pointe. L’homme et des membres du vaisseau s’y rendent et se retrouvent face au monolithe.

On ne sait pas vraiment ce qui se passera là mais la troisième partie débute autour d’un autre vaisseau circulaire où deux membres d’équipage, en voyage pour analyser ces phénomènes curieux induits par le monolithe, et trois autres en hibernation, sont surveillés et aiguillés par un ordinateur sur-intelligent : Hal. Pour résumer vulgairement, Hal est super intelligent mais pas très très sympa : pour « sauvegarder » la mission, il n’hésitera pas à lire sur les lèvres de l’équipage, à semer la zizanie dans le matériel et à tuer ici et là.

Commence ensuite la plus belle partie du film (si vous voulez mon avis) : un alignement des planètes avec cette fameux très gros iPhone avant qu’un voyage aux couleurs carrément psychédéliques ne débute et ne termine sur le seul membre de l’équipage survivant, installé dans une maison du futur, qui vieillit à vu d’œil avant de se retrouver face au monolithe pour revenir à son état premier. Scène de fin : un foetus dans sa poche, face à la planète. J’ai eu beau chercher, je n’ai pas trouvé une signification qui me convienne, peut-être avez-vous une idée ? Un lien avec le début du film qui nous ferait revenir à notre état primaire ?

Toujours est-il que la musique saupoudrée à bon escient par l’orchestre, vient sublimer ces effets de grandeur et de chorégraphie. La musique vient-elle appuyer la maîtrise des images de Kubrick ? Ou a-t-il choisi de l’utiliser justement pour souligner l’emprise de l’humain sur l’incontrôlable ? Impossible de le savoir. Mais l’interprétation sublime et impressionnante de l’Orchestre philharmonique de Strasbourg du Beau Danube bleu de Johann Strauss fils à la fois pendant le voyage de la station orbitale jusqu’à la lune et durant le générique, laissera tout le public enchanté ! Impossible de ne pas remarquer l’enthousiasme à la fois de l’orchestre et de son chef à interpréter cette partition !

Un très beau moment !

Plus d'informations sur le ciné-concert par ici

Par Cécile Becker - Photo : Guillaume Chauvin - Teaser : Amélie Mansard et Faustine Reibaud

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